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Urban Metrics

Marchabilité : définition, mesure et effet sur le commerce

Pourquoi les habitants d’un quartier vont-ils à pied à la boulangerie, et ceux d’un autre prennent-ils la voiture pour la même distance ? La marchabilité répond à cette question : elle décrit ce qui, dans la rue, encourage ou décourage la marche. Vous saurez la définir, connaîtrez les cinq critères que la recherche mesure et les méthodes d’évaluation du Cerema et verrez ce qu’elle change pour un commerce.

La marchabilité, traduction de l’anglais walkability, désigne la capacité d’un quartier à rendre la marche possible, sûre et agréable pour les déplacements du quotidien : aller travailler, à l’école, faire ses courses. Elle ne se réduit pas à la largeur des trottoirs. Le Cerema, établissement public d’expertise en aménagement, la décrit comme une notion qui croise la santé publique, la sécurité routière et l’accessibilité, et dont les critères sont nombreux ; il n’en donne pas de définition unique. Pour un commerçant, elle décide d’une part de sa clientèle, celle qui vient à pied, et elle concerne au premier chef le commerce de proximité.

la marchabilité en centre-ville

Les cinq D, ce que la recherche mesure

La mesure la plus citée vient de l’urbanisme américain. En 1997, Robert Cervero et Kara Kockelman ont proposé trois critères de l’environnement bâti qui pèsent sur la façon de se déplacer : densité, diversité, design. Reid Ewing et Robert Cervero en ont ajouté deux dans leur méta-analyse de 2010, publiée dans le Journal of the American Planning Association : l’accessibilité aux destinations et la distance aux transports en commun. Ce sont les cinq D, sur lesquels s’appuie aussi le Cerema.

Les cinq D de l’environnement bâti (Cervero et Kockelman, 1997 ; Ewing et Cervero, 2010)

Critère Ce qu’il mesure Indicateur courant
Densité La concentration d’habitants et d’emplois Habitants ou emplois par hectare
Diversité Le mélange des usages Logements, emplois, commerces et services dans un même secteur
Design La forme du réseau de rues Nombre d’intersections par kilomètre carré
Accessibilité aux destinations Ce qu’on peut atteindre depuis un lieu Commerces et services à moins de x minutes à pied
Distance aux transports en commun L’accès à un arrêt Distance du logement à l’arrêt le plus proche

La méta-analyse de 2010 classe ces critères par leur effet sur la marche. Le plus fort est le maillage des rues : la densité d’intersections a une élasticité de 0,39, ce qui veut dire qu’un quartier comptant 10 % d’intersections de plus s’associe à environ 4 % de déplacements à pied en plus. Viennent ensuite l’équilibre entre emplois et logements (0,19) et la mixité des usages (0,15). La densité de population seule a un effet faible (0,07). Les auteurs donnent ces valeurs comme des ordres de grandeur, tirés d’études souvent menées sur de petits échantillons.

La leçon est contre-intuitive : une ville dense n’est pas marchable par sa seule densité. Un quartier de grands ensembles aux îlots immenses et sans commerce au pied des immeubles peut être dense et peu parcouru à pied ; un bourg ancien aux rues courtes et aux commerces en rez-de-chaussée, l’inverse.

Les quatre méthodes d’évaluation du Cerema

Le Cerema distingue quatre façons d’évaluer la marchabilité d’un espace public, qui se complètent plus qu’elles ne se remplacent :

  • la modélisation, à partir de données sur la trame urbaine, selon les cinq D ;
  • l’audit sur place, avec des grilles qui notent la continuité, l’accessibilité, la sécurité et la qualité des cheminements, comme la grille MAPPA, tournée vers la santé, ou le diagnostic du plan de mise en accessibilité de la voirie et des espaces publics (PAVE) ;
  • l’enquête de terrain auprès des usagers, sur ce qui donne envie de marcher : confort, sentiment de sécurité, lisibilité, animation de la rue ;
  • le questionnaire institutionnel, qui vérifie si la commune a une politique de la marche, si des associations de piétons existent et ce qu’en pensent les habitants.

L’indice américain Walk Score illustre la première approche, poussée à l’extrême : il note une adresse de 0 à 100 selon la distance à pied des commerces et des services. Il dit ce qui est à portée de marche, pas si le trajet est agréable, ce que seuls l’audit et l’enquête révèlent.

Ce que les piétons disent de la rue

La marche est le deuxième mode de déplacement des Français, derrière la voiture. Selon l’enquête mobilité des personnes de 2019 publiée par le service statistique du ministère de la Transition écologique, 23,9 % des déplacements locaux se font principalement à pied. La part monte à 52,6 % dans les ménages sans voiture et à 33,9 % chez les moins de 18 ans.

Le Baromètre des villes et villages marchables, mené par le collectif Place aux piétons, dit ce que les marcheurs en pensent. Sa deuxième édition, présentée en septembre 2023, a réuni 42 400 questionnaires exploitables et classé 236 communes. La note moyenne de l’expérience piétonne y est de 9,2 sur 20. Trois griefs dominent :

  • 70 % des répondants regrettent le manque d’aménagements de confort : bancs, toilettes, abris, points d’eau ;
  • 66 % se plaignent de trottoirs encombrés par les terrasses, les étalages, les poubelles et les voitures en stationnement ;
  • 58 % jugent la circulation motorisée gênante.

Le second grief concerne directement les commerçants. Une terrasse ou un étalage qui empiète sur le cheminement attire le regard, mais il réduit le passage que le commerce voisin attend lui aussi.

Ce que le code fixe pour la rue piétonne

Trois règles nationales encadrent la place du piéton, et un porteur de projet les retrouve dans toute rue commerçante :

  • la zone de rencontre, définie à l’article R110-2 du code de la route depuis le décret du 30 juillet 2008 : les piétons peuvent circuler sur la chaussée, sans y stationner, avec la priorité sur les véhicules, dont la vitesse est limitée à 20 km/h ;
  • l’aire piétonne, où seuls circulent les véhicules autorisés à la desservir, à l’allure du pas ;
  • la largeur du cheminement piéton : l’arrêté du 15 janvier 2007 sur l’accessibilité de la voirie fixe un minimum de 1,40 m libre de mobilier et de tout obstacle, réductible à 1,20 m en l’absence de mur ou d’obstacle de part et d’autre.

Une terrasse ou un étalage sur le trottoir occupe le domaine public : il lui faut une autorisation de la commune, qui fixe son emprise et la redevance (code général de la propriété des personnes publiques, art. L2122-1). Une demande qui laisserait moins que la largeur de cheminement a peu de chances d’aboutir.

La marchabilité vue depuis une fiche commune

Aucune fiche commune d’Urban Metrics ne mesure la marchabilité. Elles en donnent un ingrédient : la densité commerciale, qui renseigne le critère de l’accessibilité aux destinations. Valenciennes compte 28,9 commerces pour 1 000 habitants et Wattrelos 10,6 (Sirene, août 2026), pour une population voisine : 43 468 et 40 847 habitants (Insee, recensement 2023). À Valenciennes, un habitant a près de trois fois plus de commerces par habitant à atteindre ; la question de la marche n’y est pas la même qu’à Wattrelos, où l’offre se répartit entre les pôles de la métropole lilloise.

Le chiffre ne dit rien du trajet : la largeur du trottoir, le carrefour à traverser, l’éclairage, la pente. Pour un local, le reste s’observe dans la rue, aux heures où le commerce compte ouvrir. La zone de chalandise d’un commerce de quartier se trace d’ailleurs en temps de marche plutôt qu’en kilomètres, pour cette raison.

Évaluer la marchabilité autour d’un local commercial

Avant de signer un bail dans une rue où la clientèle viendra à pied, quatre vérifications se font sur place et dans les documents de la commune :

  • le statut de la rue (zone de rencontre, aire piétonne, rue à 30 km/h ou axe de transit) et les projets de voirie inscrits au plan local d’urbanisme ou annoncés par la commune ;
  • la largeur libre des trottoirs devant le local et devant ses voisins, terrasses et étalages compris ;
  • les destinations qui font marcher les clients vers la porte : école, arrêt de transport, marché, autres commerces du quotidien ;
  • le parcours lui-même, fait à pied depuis les rues d’habitation voisines, en comptant les traversées difficiles.

Ce relevé complète l’étude de marché locale : la population et les revenus disent combien de clients existent, la marchabilité dit combien d’entre eux viendront à pied.

Sources

  • Cerema, marchabilité de l’espace public : quelles méthodes pour l’évaluer ? (18 novembre 2022).
  • Reid Ewing et Robert Cervero, « Travel and the Built Environment: A Meta-Analysis », Journal of the American Planning Association, vol. 76, n° 3, 2010, p. 265-294.
  • Robert Cervero et Kara Kockelman, « Travel Demand and the 3Ds: Density, Diversity, and Design », Transportation Research Part D, vol. 2, n° 3, 1997.
  • Service des données et études statistiques (SDES), marcher et pédaler, les pratiques des Français (enquête mobilité des personnes 2019, publié le 17 décembre 2021).
  • Place aux piétons, Baromètre des villes et villages marchables 2023, compte rendu de la Banque des territoires (15 septembre 2023).
  • Code de la route, article R110-2 ; décret n° 2008-754 du 30 juillet 2008.
  • Arrêté du 15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 relatif aux prescriptions techniques pour l’accessibilité de la voirie et des espaces publics.
  • Code général de la propriété des personnes publiques, article L2122-1.
  • Urban Metrics, fiche commune de Valenciennes et son bloc des communes comparables (Wattrelos), données au 14 octobre 2026 : population (Insee, recensement 2023), commerces pour 1 000 habitants (Sirene, août 2026).

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