Qu’achète exactement un franchisé quand il signe avec une enseigne, et que lui doit le franchiseur en retour ? La réponse tient dans quelques articles du code de commerce et dans la définition du savoir-faire du droit européen, bien plus précis que les promesses des plaquettes. Vous saurez ce qu’est un franchiseur, ce qu’il apporte et perçoit, ce que la loi l’oblige à remettre avant la signature, et ce que ce document ne contient pas.
Un franchiseur est l’entreprise qui a mis au point un concept de commerce et qui en concède l’exploitation à d’autres entreprises, les franchisés, en leur transmettant sa marque, son savoir-faire et une assistance, contre une rémunération. La loi française ne définit pas la franchise. La définition de référence est celle du Code de déontologie européen de la franchise : « un système de commercialisation de produits et/ou de services et/ou de technologies, basé sur une collaboration étroite et continue entre des entreprises juridiquement et financièrement distinctes », dans lequel le franchiseur accorde à ses franchisés le droit et leur impose l’obligation d’exploiter une entreprise selon son concept.

Franchiseur et franchisé : deux entreprises distinctes
Le franchisé n’est ni un salarié ni une succursale du franchiseur. Il crée ou rachète sa propre société, signe son bail, embauche son personnel et porte seul le risque de son point de vente. Le franchiseur, lui, reste propriétaire de la marque et du savoir-faire, et fixe les règles communes du réseau. C’est ce qui distingue la franchise du commerce intégré, où la chaîne possède ses magasins et en salarie les gérants et de l’indépendant isolé, qui n’a d’autre enseigne que la sienne. Les formes d’exploitation d’un commerce de quartier sont comparées dans la page sur le commerce de proximité.
Le franchiseur ne se confond pas non plus avec deux contrats voisins, qui empruntent une partie de ses éléments :
Franchise, concession et licence de marque
| Contrat | Marque ou enseigne | Savoir-faire transmis | Assistance continue | Document d’information avant signature |
|---|---|---|---|---|
| Franchise | Oui | Oui, c’est ce qui la caractérise | Oui | Oui (art. L330-3 du code de commerce) |
| Concession | Oui | Non : le concessionnaire revend les produits d’un fournisseur | Variable | Oui, si une exclusivité ou quasi-exclusivité est exigée |
| Licence de marque | Oui | Non | En principe, non | Oui, si une exclusivité ou quasi-exclusivité est exigée |
Ce que le franchiseur apporte au franchisé
Une marque et une enseigne
Le franchisé exploite sous le nom du réseau, ce qui lui donne dès l’ouverture une notoriété qu’un commerce neuf mettrait des années à acquérir. En contrepartie, il applique les normes d’aménagement, d’assortiment et de présentation qui font l’unité de l’enseigne.
Un savoir-faire secret, substantiel et identifié
Le savoir-faire est le cœur de la franchise. Le règlement européen n° 2022/720, qui encadre les accords entre fournisseurs et distributeurs, le définit comme un ensemble d’informations pratiques non brevetées, résultant de l’expérience du fournisseur et testées par lui, qui est à la fois :
- secret : il n’est pas connu ni facilement accessible ;
- substantiel : il est significatif et utile pour vendre les produits ou fournir les services ;
- identifié : il est décrit de façon assez complète pour vérifier qu’il est secret et substantiel.
En pratique, le savoir-faire est consigné dans un manuel opératoire et transmis par une formation initiale. Un réseau qui ne transmet qu’une enseigne et un catalogue fait de la licence de marque ou de la distribution, pas de la franchise.
Une assistance pendant toute la durée du contrat
Le Code de déontologie européen demande au franchiseur d’assister ses franchisés, commercialement et techniquement, pendant toute la durée du contrat. Selon les réseaux, cette assistance prend la forme de visites d’animateurs, de centrales d’achat, de campagnes de communication nationales et de la mise à jour du concept.
Ce que le franchisé verse au franchiseur
La rémunération du franchiseur repose sur deux flux, dont le montant et le mode de calcul sont fixés par le contrat :
- le droit d’entrée, payé à la signature, qui rémunère l’accès au réseau, la formation initiale et l’aide à l’ouverture ;
- les redevances, versées pendant toute la durée du contrat, le plus souvent en pourcentage du chiffre d’affaires du franchisé, parfois complétées d’une redevance de communication.
Le franchiseur gagne donc plus quand ses franchisés vendent plus, mais il perçoit ses redevances que le point de vente soit rentable ou non. Le candidat les compare au chiffre d’affaires qu’il peut raisonnablement espérer, pas à celui du meilleur magasin du réseau.
Les obligations légales du franchiseur
Remettre le document d’information précontractuelle 20 jours avant
La loi Doubin du 31 décembre 1989, codifiée à l’article L330-3 du code de commerce, oblige toute entreprise qui met à disposition un nom commercial, une marque ou une enseigne en exigeant une exclusivité ou une quasi-exclusivité à remettre à son partenaire un document qui lui donne des « informations sincères ». Ce document d’information précontractuelle, le DIP, est communiqué au moins 20 jours avant la signature du contrat, ou avant le versement de toute somme exigée au préalable.
L’article R330-1 du même code en fixe le contenu :
- l’identité du franchiseur : siège, forme juridique, dirigeants, capital, immatriculation, banques ;
- les comptes annuels des deux derniers exercices ;
- la marque : date et numéro d’enregistrement, durée de la licence s’il y a lieu ;
- la date de création de l’entreprise, les étapes de son développement et de celui du réseau, l’expérience des dirigeants ;
- une présentation de l’état général et local du marché, et de ses perspectives de développement ;
- la liste des entreprises du réseau avec leur mode d’exploitation, les dates des contrats, le nombre de membres sortis au cours de l’année précédente et le motif de leur départ (fin de contrat, résiliation, annulation) ;
- les établissements qui offrent déjà les mêmes produits ou services dans la zone de l’implantation prévue ;
- la durée du contrat, ses conditions de renouvellement, de résiliation et de cession, et le champ des exclusivités ;
- la nature et le montant des dépenses et investissements propres à l’enseigne, à engager avant l’ouverture.
Ce que le DIP ne contient pas
Le DIP n’est pas une étude de marché, et la loi n’impose aucun compte prévisionnel. La « présentation de l’état local du marché » tient souvent en quelques pages, rédigées par le franchiseur. Le candidat fait donc sa propre étude de marché locale et ses propres comptes prévisionnels. Les fiches communes donnent un premier point de contrôle de cette présentation : à Valenciennes, par exemple, la fiche indique 43 468 habitants (Insee, recensement 2023) et 28,9 commerces pour 1 000 habitants (Sirene, août 2026), contre 16,6 en moyenne dans les communes de 20 000 à 50 000 habitants. Un DIP qui décrirait un marché local peu concurrentiel se confronte à ce genre de chiffre.
L’exclusivité territoriale n’est pas une obligation légale du franchiseur. Le DIP doit seulement dire quel est le « champ des exclusivités », et c’est le contrat qui fixe la zone, s’il y en a une, et ce qu’elle interdit : l’ouverture d’un autre franchisé, d’une succursale, ou aussi la vente en ligne dans la zone.
Respecter les règles de sortie du réseau
Depuis la loi du 6 août 2015, dite loi Macron, deux règles protègent l’exploitant d’un magasin de commerce de détail lié à un réseau. Les contrats qui le lient au réseau, hors bail commercial et contrat de société, doivent avoir une échéance commune et se résilier ensemble (art. L341-1). Une clause qui restreint sa liberté d’exercer après la fin du contrat est réputée non écrite, sauf si elle réunit quatre conditions : elle porte sur des produits ou services concurrents de ceux du contrat, se limite aux terrains et locaux de l’exploitation, est indispensable à la protection du savoir-faire transmis, et ne dure pas plus d’un an après la fin du contrat (art. L341-2).
Devenir franchiseur
Le Code de déontologie européen pose une condition préalable : avoir mis au point et exploité avec succès le concept, sur le marché visé, pendant au moins un an dans au moins une unité pilote, avant de lancer le réseau. Ce seuil est un minimum déontologique, pas une garantie : un an d’exploitation dans une seule ville ne dit pas si le concept tiendra dans une ville de taille ou de revenus différents.
La démarche suit en général cet ordre :
- exploiter une ou plusieurs unités pilotes rentables, dans des emplacements de nature différente ;
- formaliser le savoir-faire dans un manuel opératoire, pour qu’il soit identifié au sens du droit européen ;
- protéger la marque par un dépôt ;
- rédiger le DIP et le contrat de franchise ;
- constituer l’équipe qui recrute, forme et anime les franchisés.
L’intérêt pour l’entreprise est de développer son réseau avec les capitaux des franchisés, qui financent leur local, leurs travaux et leur stock. Le revers est qu’elle partage la décision : un franchisé est un chef d’entreprise, pas un directeur de magasin.
La franchise en France en chiffres
Selon la Fédération française de la franchise, la France comptait en 2025 2 035 réseaux de franchise, en baisse de 2,5 % sur un an, et 93 395 points de vente franchisés, en hausse de 2,9 %. Leur chiffre d’affaires cumulé atteint 93,71 milliards d’euros, en hausse de 4,9 %. L’alimentaire en représente 33,78 %, la restauration rapide 12,13 % et l’équipement de la maison 10,39 %. La Fédération estime à 1 018 038 les emplois directs et indirects liés à la franchise, d’après l’étude d’impact du cabinet Diagnostic & Systems publiée en 2026.
Moins de réseaux mais plus de points de vente : la croissance de 2025 vient de réseaux existants qui ouvrent, plus que de nouveaux franchiseurs. Pour un candidat, c’est une raison de plus de lire dans le DIP le nombre de franchisés sortis du réseau l’année précédente, à côté du nombre d’ouvertures.
Questions fréquentes sur le franchiseur
Quelle différence entre franchise et franchiseur ?
La franchise désigne le système, ou le contrat qui lie les deux parties ; le franchiseur est l’entreprise qui l’organise, propriétaire de la marque et du savoir-faire. Dans le langage courant, « une franchise » désigne aussi le réseau lui-même ou le point de vente d’un franchisé : on dit d’un restaurant qu’il est « une franchise » d’une enseigne. Le franchiseur est la tête de réseau, le franchisé l’entreprise qui exploite un point de vente sous son enseigne.
Que veut dire franchiser ?
Franchiser, c’est développer son entreprise par la franchise : au lieu d’ouvrir soi-même de nouveaux points de vente, l’entreprise concède son concept à des franchisés qui les ouvrent et les financent. Le verbe s’emploie aussi pour un concept (« un concept franchisable » est un concept qui peut être reproduit par d’autres exploitants, avec un savoir-faire transmissible).
Un franchisé est-il un commerçant indépendant ?
Oui. Le franchisé est juridiquement et financièrement distinct du franchiseur : il exploite sa propre entreprise, immatriculée en son nom, signe son propre bail et emploie son personnel. Son indépendance est encadrée par le contrat, qui lui impose l’enseigne, les normes du concept et souvent un approvisionnement auprès du réseau, mais il reste maître de sa gestion et supporte seul les pertes de son point de vente.
Sources
- Code de commerce, articles L330-3 et R330-1 (document d’information précontractuelle), L341-1 et L341-2 (réseaux de distribution commerciale).
- Loi n° 89-1008 du 31 décembre 1989 relative au développement des entreprises commerciales et artisanales (loi Doubin).
- Loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (loi Macron).
- Règlement (UE) 2022/720 de la Commission du 10 mai 2022 concernant l’application de l’article 101, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne à des catégories d’accords verticaux, article 1er (définition du savoir-faire).
- Fédération française de la franchise, Code de déontologie européen de la franchise, mise à jour 2019.
- Fédération française de la franchise, indicateurs de la franchise 2025, communiqué de mars 2026.
- Urban Metrics, fiche commune de Valenciennes, données au 14 octobre 2026 : population (Insee, recensement 2023), commerces pour 1 000 habitants (Sirene, août 2026).
